Flambée du pétrole, stabilité des taux et envolée de l’IA
Bienvenue aux nouveaux lecteurs et lectrices. Ici, vous trouverez nos analyses, sans filtre, des événements qui ont retenu notre attention sur les marchés cette semaine. Et si ce n’est pas déjà fait, écoutez notre balado hebdomadaire, Les marchés en mouvement.
Marchés du pétrole et du gaz naturel
Le conflit au Moyen-Orient s’est clairement intensifié, à nouveau. Le champ gazier South Pars en Iran et le site de production de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar font désormais partie du champ de bataille, et la rhétorique a suivi. Trump s’est dit prêt à une riposte massive, si les attaques se poursuivent. Les marchés ont réagi, le baril de brut Brent atteignant brièvement les 118 $. Les frappes iraniennes ont détruit environ 17 % de la capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié du Qatar; les effets de ces dommages devraient être ressentis pendant trois à cinq ans. Plusieurs installations clés de liquéfaction de gaz naturel ont été touchées, ce qui réduit la production annuelle d’environ 12,8 millions de tonnes et entraîne, selon les estimations, une perte de revenus de 20 milliards de dollars. Ce qui s’annonçait au départ comme une perturbation de courte durée ressemble de plus en plus à un choc d’approvisionnement qui pourrait durer plusieurs années. Dans ce contexte, les actions canadiennes du secteur énergétique ont progressé tout au long de la semaine, offrant un degré de protection aux portefeuilles.
Réactions de la Banque du Canada et de la Réserve fédérale américaine
La Banque du Canada a fait exactement ce qui était attendu et a maintenu son taux directeur à 2,25 %. Toutefois, dans son communiqué, elle a mentionné des signes de ralentissement économique. La croissance s’est modérée, le marché du travail s’essouffle quelque peu et la récente accélération au pays est en train de s’estomper. En même temps, l’augmentation des prix du pétrole et les perturbations au Moyen-Orient auront, à court terme, un effet haussier sur l’inflation. C’est le dilemme : il ne s’agit pas d’une inflation par la demande. Il s’agit d’un choc d’approvisionnement lié à la situation géopolitique. Un relèvement des taux d’intérêt donnerait un coup de frein supplémentaire à l’économie, car la hausse des prix de l’énergie agit déjà comme une taxe sur la consommation. Le marché continue d’anticiper des relèvements de taux au Canada en 2026, mais cela nous semble un peu exagéré.
La Réserve fédérale américaine (la Fed) a également maintenu son taux; le vote a été relativement serré et les projections continuent d’indiquer des réductions de taux limitées. Les attentes en matière d’inflation ont été revues à la hausse et le président de la Fed, Jerome Powell, a adopté un ton plus prudent. Dans ce contexte, le marché abandonne lentement l’idée de baisses de taux énergiques aux États-Unis, même si des relèvements de taux sont également peu probables.
La croissance de l’IA est-elle toujours aussi forte?
Micron, fabricant de solutions de mémoire et de stockage et l’un des maillons les plus importants de la chaîne d’approvisionnement de l’IA, a enregistré un trimestre exceptionnel, son chiffre d’affaires ayant presque triplé sur un an. Cette performance est attribuable à une très forte demande en solutions de mémoire liée aux infrastructures d’IA. Pourtant, malgré une telle croissance, à partir d’une base déjà très élevée, l’entreprise a déclaré qu’elle ne réussit à répondre qu’à environ 50 % de la demande de sa clientèle. En d’autres termes, ses résultats auraient pu être bien meilleurs si l’approvisionnement l’avait permis. Dernièrement, la réalité des fabricants de puces se résume ainsi : un approvisionnement limité, un fort pouvoir de fixation des prix et une visibilité de la demande sur plusieurs années. Cela semble confirmer que le cycle de l’IA n’en est encore qu’à ses débuts. Comme les entreprises ne parviennent toujours pas à répondre à la demande après une telle expansion des capacités, c’est le signe que le cycle est loin d’être terminé.
Comment les marchés réagiront-ils?
Pour l’heure, les marchés doivent composer avec des données fondamentales résilientes et un contexte géopolitique incertain. Jusqu’ici, les conséquences de la situation sur les marchés restent relativement limitées. Toutefois, plus le conflit s’éternise, plus grande est la probabilité de voir la hausse des coûts de l’énergie et le resserrement des conditions financières éroder cette résilience. Fait encourageant, l’administration américaine connaît les risques pour l’économie et les marchés. Des pressions politiques s’exercent sur l’équipe de Donald Trump pour qu’elle trouve une porte de sortie, et les facteurs incitatifs sont puissants. Les marchés peuvent digérer les manchettes encore quelque temps, et l’histoire montre qu’en cas de guerre, les remontées des marchés peuvent être soudaines et vigoureuses. La patience est donc de mise.
Pour d’autres réflexions, écoutez le dernier balado de l’équipe Stratégie de placement d’IG.